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Manual of Veterinary Echocardiology

Manual of Veterinary Echocardiography
June A. Boon

Bonjour et Bienvenue !

Où l'on découvre les tribulations d'un ch'ti, vétérinaire mixte, passionné par la médecine interne (beaucoup), où l'on parlera d'astrophysique et d'Aïkido (un peu), et certainement de plein d'autres choses (on verra).

Vendredi 18 mai 2007

Eh bien oui ! Après quelques mois d'absence, nous revoilou avec un peu de cardiologie pour se remettre en jambes.

Ce tracé a été enregistré sur une femelle Rottweiler de 10 ans, stérilisée, présentée pour fatigue importante et augmentation modéré du volume de l'abdomen.

L'auscultation cardiaque ne révèle à priori rien de particulier, mais les muqueuses sont pâles. Un ECG est réalisé dont voici le résultat.


ecgriva.jpg

Allez, en route pour l'analyse !

Première étape : déterminer la fréquence cardiaque
Pour se faire, on sait que la vitesse de défilement est de 25 mm par seconde. On compte le nombre de dépolarisations ventriculaires sur 6 secondes (soit 15 cm), et on multiplie par 10.

Ici, on a 12 dépolarisations ventriculaires sur 6 secondes, soit une fréquence cardiaque de 120.

Deuxième étape : déterminer si le rythme est régulier ou irrégulier
Pour se faire, on compare la distance R-R entre chaque ventriculogramme. Si elle est identique ou quasi-identique, le rythme est régulier. SI elle varie sans cyclicité, on parle de rythme irrégulier.
Petit rappel : on appelle allorythmie un rythme régulièrement irrégulier, c'est-à-dire dont l'irrégularité est cyclique (par exemple, l'arythmie sinusale respiratoire, qui n'est pas pathologique chez le chien).

Notre tracé est irrégulier, puisqu'il est évident que les espaces R-R sont irrégulièrement irréguliers.

Troisième étape : déterminer si le rythme est sinusal ou non
Le rythme est sinusal si chaque dépolarisation ventriculaire est provoquée par un influx né dans le noeud sinusal. En clair, cela veut dire que chaque onde p doit être suivie d'un qRs, et que chaque qRs doit être précédé par une onde p.

Ce rythme est non sinusal car il n'y a pas systématiquement une onde p devant chaque qRs.

Conclusion : le rythme est irrégulier, non sinusal, avec une fréquence de 120 battements par minute.


Une fois ces trois premières étapes réalisées, il faut passer à l'analyse morphologique. L'analyse morphologique consiste à isoler sur le tracé des cycles cardiaques identiques et à apprécier leur durée et leur potentiel.
L'analyse morphologique permet de "mettre en scène" la survenue des déflexions et d'expliquer leur association (ou leur non-association) : c'est l'analyse rythmologique.

Analyse morphologique
L'analyse morphologique du tracé nous permet de reconnaître trois types de cycles, que nous noterons C1, C2 et C3

ventriculaire.jpg
Les complexes notés C1 (cycle 1, 2, 3, 5, 6, 8, 9, 10, 14, 15, 19) sont d'aspect élargis, l'onde T est ample et opposée au qRs, aucune onde p ne les précède, sauf pour le deuxième complexe.
Il s'agit donc de complexes d'origine ventriculaire, ectopiques, d'origine gauche, et qui ont tous la même apparence (on parle de monomorphes).





capture.jpg

Les complexes notés C2 (cycle 7, 11, 12, 13) sont d'aspect fins, et donc d'origine supra-ventriculaire. Ils ont toutes les caractéristiques de cycles p-qRs-T normaux




fusion.jpg
Le complexe noté C3 (cycle 4) d'aspect fin, de type p-Rs-t, avec t positive et de faible amplitude.




La présence d'une onde p non conduite (avant le deuxième cycle), et la présence d'ondes p conduites générant exclusivement des complexes d'allure supraventriculaire nous permet d'affirmer qu'il existe une dissociation atrio-ventriculaire : comme vous  l'aviez bien remarqué, un rythme supra-ventriculaire coexiste avec un rythme d'allure ventriculaire (complexes C1). Tous deux ont une fréquence proche de 120 bpm.

Analyse rythmologique
Bien ! Nous savons déjà pas mal de choses, mais il faut maintenant aller plus loin.
Avant de continuer, je vous livre un de mes petits trucs pour me faciliter l'analyse rythmologique : lorsque un tracé de type ventriculaire et supraventriculaire coexiste, j'essaye de baser mon analyse sur l'aspect prédominant : en l'occurence, ici, il s'agit de C1.

Les complexes C1 sont des complexes larges. Ils sont dissociés du fonctionnement sinusal. Lorsque plusieurs complexes se suivent, ils s'enchaînent régulièrement. Il ne s'agit donc pas d'un bloc de branche, ni de salves d'extrasystoles (leur survenue n'est pas prématurée). Par contre, leur existence témoigne d'un foyer de dépolarisation ectopique ventriculaire gauche.
Et là, tout s'éclaire ! il s'agit d'un rythme régulier, d'origine ventriculaire : c'est une tachycardie ventriculaire !

Seulement voilà : généralement, les TV ont une fréquence beaucoup plus importante (à partir de 160 bpm) alors... existe-t-il des TV lentes ?

Cessons le suspense, la réponse est OUI ! Elles sont rencontrées si peu rarement qu'on les a même classée il y a plus de trente ans dans une famille à part : les rythmes idio-ventriculaires accélérés ou RIVA pour les intimes ! Selon leur fréquence, on les classe en RIVA actif (entre 100 et 140-160 bpm) ou RIVA passif (entre 70 et 100 bpm). Nous avons donc ici un RIVA actif.

OK, mais les complexes C2 et C3 dans tout çà ? N'oublions pas que le faisceau de His n'est pas interrompu (il n'y a pas de bloc physique). Le bloc est exclusivement fonctionnel, dû à la période réfractaire des contractions ventriculaires. Le sinus continue à fonctionner avec sa fréquence normale (environ 120 bpm si on regarde les ondes p), mais les ondes p ne sont plus conduites parce que le ventricule est trop occupé à se reposer...

Sauf que de temps en temps, une onde p arrive à la jonction atrio-ventriculaire hors de la période réfractaire, et avant qu'une contraction ectopique ait eu lieu. Et là, ben pas de problème, elle est conduite et donne naissance aux complexe C2. Le sinus "capture" le ventricule. C'est pour cela qu'on appelle ces complexes normaux des complexes de capture.

Même principe pour C3, sauf qu'ici, l'onde p arrive un peu plus tard sur la jonction atrio-ventriculaire, alors qu'une contraction ventriculaire commence. On obtient alors une activation simultanée des ventricules, avec fusion de l'aspect morphologique des ventriculogrammes : on les appelle donc complexes de fusion.


par Laurent publié dans : Cardiologie
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Mardi 5 décembre 2006

Bien, je sais que la demande avait été assez marquée il y a quelques semaines, et je voudrais maintenant vous sonder un peu plus pour orienter mes posts.

Certains d'entre vous m'ont demandé des posts d'échocardiographie, et je voudrais savoir quels sont leurs attentes. Voulez-vous des cas cliniques ? De l'aspect echocardio de chien normal ?

Du bidimensionnel, du temps-mouvement ? Un topo sur les coupes standardisées ?

Du Doppler conventionnel ? Du Doppler tissulaire ?

N'hésitez pas, c'est Noël, on fait des réducs !!

par Laurent publié dans : Cardiologie
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Dimanche 26 novembre 2006

Un chien Croisé Berger Allemand, mâle de 12 ans est présenté à la consultation pour des difficultés respiratoires apparues brutalement.
Les muqueuses sont pâles, le TRC d'environ 4 secondes. L'auscultation permet d'entendre des crépitements fins sur l'ensemble du champ pulmonaire. Le chien est en dyspnée restrictive très importante.
L'auscultation cardiaque est claire, le pouls est frappé et synchrone. Aucun souffle ni bruit de galop n'est entendu, mais le chien présente une bradycardie marquée (50 bpm).
Le diagnostic d'oedème pulmonaire est posé, une radiographie de profil du thorax est réalisée et confirme l'oedème. La taille et la forme du coeur sont normales à la radiographie.

Après avoir géré l'odème pulmonaire, très bien amélioré par l'administration de furosémide IV, on réalise un enregistrement ECG afin d'explorer la bradycardie. Voici le résultat :

 

Ce tracé correspond à un rythme d'échappement ventriculaire dû à un bloc atrio-ventriculaire du triosième degré.

Il est réalisé un test à l'atropine afin d'éliminer de prime abord un hypervagotonisme, qui aurait pour conséquence ses effets chronotropes et bathmotropes négatifs. Ce test se révèle non concluant. Le BAV est donc bien issu d'un phénomène cantonné strictement au tissu cardiaque.

Une échocardiographie ne révèle pas d'anomalies particulères.

L'animal reçoit des corticos en CJA en démarrant à 1 mg/kg, afin d'écarter tout phénomène de myocardite. L'administration ne modifie pas le rythme cardiaque.

On conclut donc à un BAV III idiopathique, qui peut justifier la pose d'un stimulateur électrique cardiaque (pacemaker). Vu l'âge de l'animal et la stabilité sous diurétiques, les propriétaires décident de ne pas réaliser cette implantation.

Petit éclaircissement : on s'attendrait lors d'un BAV III à observer plutôt les conséquences d'un bas-débit à la sortie du coeur sous la forme de syncopes par exemple, plutôt qu'un oedème pulmonaire à priori significatif d'une surcharge d'amont. Alors pourquoi cet oedème ?
Lors de bas-débit "chronique", on a une chute de pression artérielle qui provoque l'activation du système Rénine-Angiotensine-Aldostérone. Cette activation entraîne une réabsorption importante de sodium au niveau rénal, avec inflation hydrique de l'organisme. Le lit capillaire pulmonaire étant le plus sensible à l'augmentation de pression hydrostatique, c'est lui qui va subir les effets de cette inflation le premier (pensez aux débits de perfusion trop importants). C'est pour cette raison que l'oedème peut être également maîtrisé assez facilement, avec dans un premier temps des doses relativement faibles de furosémide.

par Laurent publié dans : Cardiologie
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Lundi 25 septembre 2006

Ouf ! Je trouve enfin 5 minutes pour poster la conclusion de ce cas. Je présente mes plus plates excuses pour ce retard (surtout à toi, Pascale, car je sais que tu t'es creusée les méninges sur ce chat), mais ces derniers jours ont été quelque peu fatigants.

Bien, commençons par la coupe transpapillaire. Effectivement, on ne voit plus la forme classique du champigon, et pour cause : le pilier postérieur est victime d'hypogénésie. Il est petit, comme tronqué. Par contre, le pilier antérieur a subi le phénomène inverse: il est hypertrophié, fibrosé (on remarque son hyperechogénicité). Le myocarde sous-jacent est hétérogène.

Ce qui est également visible, c'est la faible taille de la cavité ventriculaire. On observe (subjectivement) également un épaissisement du septum, surtout en regard du pilier hypertrophié (ceci était un peu mieux visible sur le TM, mais désolé, pas de photos).
Ce "faible remplissage" s'observe également sur les coupes grand axe, où on a l'impression d'avoir un coeur "un peu vide de sang". Cet élément a rendu l'échocardiographie très difficile, surtout les abords gauche. On y revient plus loin.

 

 

 

 

Pour cette coupe, nous sommes en fait juste après la fin de la systole atriale, au moment où la pression intraventriculaire surpasse la pression intra-atriale, alors que le ventricule commence à se mettre en tension (donc pour Pascale : nous sommes bien en télédiastole ventriculaire, juste au moment où le ventricule va se contracter, merci le ciné-loop).
On voit effectivement notre pilier se balader dans la cavité ventriculaire, les cordages sont très visibles, un peu épais, hyperéchogènes.

Si on regarde bien, le bord libre du feuillet antérieur mitral est trop long, et à priori aucun cordage ni est attaché.

 

 

 

 

 

 

On le voit mieux sur l'autre coupe, où le bord du FAM vient taper contre le petit bourrelet septal dû à l'épaississement focal.

Le rapport Ag/Ao était aux alentours de 1.

Le doppler mitral révélait une fuite mesurée à 1 m/s.

Effectivement, le fait d'avoir vu les images en mouvement permet de mieux appréhender la lésion, mais on pouvait déjà tirer pas mal de choses des images statiques 2D.

En conclusion, notre petit chat est atteint d'une dysplasie mitrale, avec anomalie du FAM et de l'implantation des cordages, et anomalies des piliers.
Rappelons que chez le chat, les dysplasies atrio-ventriculaires (mitrale en tête) sont les anomalies congénitales les plus fréquentes.

Bon, tout çà est bien beau, mais on aurait dû avoir un souffle d'insuffisance mitrale, donc plutôt sternal. Alors pourquoi ce souffle médiothoracique bien audible vient-il s'ajouter ?

Tout simplement parce que l'anomalie de la valve mitrale, couplée à l'hypertrophie septale, génère un Mouvement Antérieur Systolique de la valve (le Systolic Anterior Motion des anglais), lui-même responsable d'une obstruction dynamique de la chambre de chasse du ventricule gauche !

Faisons simple : en systole, le ventricule se contracte, le septum s'épaissit. Le flux du sang passant sur le feuillet libre trop long de la mitrale génére un mouvement de succion qui aspire le FAM vers le septum. Celui-ci crée un obstacle à l'éjection aortique. La fraction éjectée diminue. Le volume télédiastolique et le retour sanguin aussi (Franck Starling !!). Donc le coeur est moins rempli, ce qui se voit à l'écho (accès difficile). Comparativement, la fréquence cardiaque augmente pour maintenir le débit (d'où la tachycardie), et on note un remodelage concentrique, qui ne fait pas du bien aux piliers non plus !!

Théoriquement, cette obstruction dynamique se voit très bien au flux aortique, qui prend alors une forme en "lame de sabre", causée par la décélaration progressive de l'éjection. Ici, notre petit copain avait un coeur tout vide et une furieuse envie de danser la rhumba quand on le chatouillait à gauche, donc pas pu l'avoir !

Le diagnostic final est donc une obstruction dynamique de la chambre de chasse du ventricule gauche, causée par une dysplasie de l'appareil mitral.

par Laurent publié dans : Cardiologie
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Dimanche 17 septembre 2006

cat_0108Un chat mâle, européen, de 6 mois, est déposé à la clinique pour une castration.

L'examen clinique pré-anesthésique met en évidence un souffle systolique médiothoracique gauche, irradiant jusqu'à l'apex, d'intensité 3/6.
Le pouls fémoral est frappé sans plus mais synchrone. La fréquence cardiaque est à 200.

Ceci dit, l'animal a eu une croissance tout a fait normale, il pèse 3,2 kgs, et ne présente ni fatigabilité, ni essoufflement, ni syncope que ce soit à l'effort ou au repos. Les muqueuses sont roses et le TRC inférieur à 2 secondes.
Pour explorer ce souffle avant de réaliser une quelconque anésthésie, une échocardiographie est réalisée.

Les hypothèses diagnostiques sont en fait assez nombreuses : il peut s'agir d'un souffle innocent (bien que l'auscultation était constante sur plusieurs minutes), d'une CMH très précoce, d'une endocardite aortique générant une sténose (peu probable, vu l'état général du chat, mais j'en ai déjà vu passer des chroniques) et des anomalies congénitales suivantes : sténose aortique ou pulmonaire, canal artériel.
La CIV donne plutôt un souffle à droite (car elles sont essentiellement localisées à la partie membraneuse du septum, en position sous aortique). On peut supposer une CIV musculaire (bas du septum), qui donnerait un souffle à gauche, mais elles sont très rares.
Une communication interatriale peut donner également ce type de souffle.
Enfin, les anomalies complexes (trilogie, tétralogie de Fallot) peuvent également générer des souffles de localisation temporo-spatiales identiques).
Même si çà semble de prime abord l'hypothèse la moins évidente, ne laissons jamais de côté la dysplasie mitrale, notamment ici à cause de l'extension du souffle à l'apex. En effet, l'impression d'irradiation peut être donnée par un souffle à deux composantes.

par Laurent publié dans : Cardiologie
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